Jamais auparavant une menace unique n’avait affecté simultanément les systèmes naturels, économiques et sanitaires avec une telle rapidité et une telle ampleur.
Le changement climatique représente aujourd’hui la plus grande menace pour la santé mondiale du XXIe siècle, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le réchauffement moyen de la planète dépasse déjà 1,1 °C par rapport aux niveaux préindustriels, et les projections indiquent qu’il atteindra 1,5 °C d’ici 2040 si les émissions de gaz à effet de serre ne sont pas considérablement réduites.
Ce phénomène n’est pas seulement environnemental : il est profondément social, économique et sanitaire. Les vagues de chaleur, les sécheresses, les inondations, les feux de forêt, l’effondrement des écosystèmes et la propagation des vecteurs de maladies comptent parmi les manifestations les plus visibles d’un système planétaire soumis à un stress croissant.

Le concept « One Health »
La santé humaine, animale et environnementale ne sont pas des domaines distincts : ce sont les facettes d’un même système vivant, interdépendant et fragile.
L’approche « One Health » reconnaît que la santé des personnes est intrinsèquement liée à celle des animaux et des écosystèmes. Ce concept a été formalisé par des organismes internationaux tels que l’OMS, la FAO et l’OIE, et a pris de plus en plus d’importance après la pandémie de COVID-19, qui a clairement montré comment la dégradation de l’environnement et les interactions entre l’homme et l’animal peuvent déclencher des crises sanitaires mondiales.
Les trois piliers interdépendants
•Santé humaine :surveillance épidémiologique, lutte contre les maladies émergentes, sécurité alimentaire et nutritionnelle.
•Santé animale :lutte contre les zoonoses, résistance aux antimicrobiens, bien-être animal et surveillance de la faune sauvage.
•Santé environnementale :intégrité des écosystèmes, qualité de l’eau, biodiversité et régulation climatique.

Pourquoi l’approche « One Health » permet-elle d’apporter des solutions plus efficaces ?
L’approche « One Health » brise les cloisonnements historiques entre la médecine humaine, la médecine vétérinaire et les sciences de l’environnement. En intégrant la surveillance épidémiologique, le suivi environnemental et la santé animale au sein de systèmes unifiés d’alerte précoce, il est possible de :
• Détecter les flambées zoonotiques avant qu’elles ne se transforment en pandémies.
• Réduire l’utilisation d’antibiotiques dans l’élevage, afin de lutter contre la résistance aux antimicrobiens.
• Identifier les indicateurs environnementaux précoces de risque sanitaire.
• Élaborer des politiques publiques intégrées qui abordent conjointement la santé, l’environnement et l’agriculture.
La résistance aux antimicrobiens, par exemple, tue environ 1,3 million de personnes par an et est directement liée à l’utilisation inconsidérée d’antibiotiques dans l’agriculture et l’élevage. Seule une approche « One Health » — associant à la fois la réglementation vétérinaire, les pratiques agricoles et les politiques de santé publique — peut relever ce défi avec l’efficacité requise.
Impacts du climat sur la « Santé unique »
Le changement climatique amplifie les risques pour la « Santé unique » de multiples façons simultanées :
• Expansion géographique des vecteurs : l’Aedes aegypti progresse vers des régions auparavant froides. La dengue, le virus Zika et le chikungunya touchent de nouvelles populations ne disposant d’aucune immunité préalable.
• Santé mentale : l’éco-anxiété, le deuil écologique, le syndrome de stress post-traumatique (SSPT) lié aux catastrophes et la dépression sont des phénomènes en augmentation, en particulier chez les populations autochtones, riveraines et les jeunes.
• Sécurité alimentaire : les niveaux élevés de CO₂ réduisent la valeur nutritionnelle des cultures de base telles que le riz et le blé. Les sécheresses et la chaleur compromettent des récoltes entières.
• Qualité de l’eau : les sécheresses et la contamination des nappes phréatiques affectent directement la santé humaine et animale ainsi que la production alimentaire.
• Nouvelles zoonoses : la fonte du pergélisol peut libérer des virus et des bactéries disparus depuis des millénaires, contre lesquels l’humanité ne dispose d’aucune défense immunitaire.
Bioéconomie circulaire : l’économie qui régénère
L’économie du XXe siècle reposait sur l’extraction, l’utilisation et le rejet. La bioéconomie circulaire propose un système où rien n’est un déchet — tout réintègre le cycle de la vie.
Économie linéaire vs bioéconomie circulaire
L’économie linéaire suit le modèle « extraire → produire → jeter », générant d’immenses passifs environnementaux : émissions de carbone, pollution des sols et des océans, déforestation et effondrement des écosystèmes. La bioéconomie circulaire rompt avec ce paradigme en intégrant les principes de l’économie circulaire à l’utilisation durable des ressources biologiques.

La bioéconomie et le Brésil
Pour le Brésil, qui abrite environ 20 % de la biodiversité mondiale, la bioéconomie n’est pas seulement une opportunité — c’est un avantage comparatif unique et historique. Une forêt sur pied vaut mieux qu’une forêt abattue : les produits issus de la socio-biodiversité, les biomédicaments, l’écotourisme, les paiements pour services environnementaux et la biotechnologie sont les moteurs d’une économie qui se développe sans détruire.
•Produits pharmaceutiques d’origine biologique :Plus de 50 % des médicaments homologués sont dérivés de composés naturels. Les forêts préservées sont des laboratoires vivants de molécules thérapeutiques encore inconnues de la science.
•Bio-intrants :Le remplacement des produits agrochimiques de synthèse par des bio-intrants réduit la contamination des sols et de l'eau, ainsi que l'exposition humaine aux toxines — ce qui a un impact positif sur la santé des populations rurales.
•Bioraffineries :Les écorces, les résidus de pressage et les sous-produits agro-industriels deviennent des matières premières pour la bioénergie, les bioplastiques et les ingrédients fonctionnels, bouclant ainsi le cycle de production.
•Carbone et services environnementaux :Les marchés du carbone rémunèrent la préservation des forêts, créant ainsi des incitations économiques à la conservation.

L’agenda ESG, vecteur de changement systémique
L’ESG ne se résume pas à un simple rapport d’entreprise : c’est le langage qui traduit l’urgence climatique et sanitaire à l’intention du monde des affaires, des marchés financiers et des politiques publiques.
L’agenda ESG (Environmental, Social, Governance) incarne la convergence entre la pression des investisseurs, une réglementation de plus en plus stricte et la demande de la société pour que les entreprises internalisent leurs externalités environnementales et sociales. Dans le contexte du changement climatique et de la « Santé unique », l’ESG offre les outils de mesure, de gouvernance et de financement nécessaires pour que la transition durable se réalise à grande échelle.

ESG et « Santé unique » : le lien stratégique
Le pilier « E » exige que les entreprises recensent et réduisent leurs impacts sur les écosystèmes — ce qui est directement lié à la prévention des pandémies et à la protection de la santé publique. Le pilier « S » prend une nouvelle dimension lorsque l’on comprend que les populations les plus vulnérables sont celles qui sont les plus exposées à la dégradation de l’environnement et aux maladies émergentes. Quant à la gouvernance « G », elle permet de déterminer si les engagements pris sont réels ou s’il s’agit simplement de « greenwashing ».
Les entreprises des secteurs de l’agroalimentaire, des mines, de l’énergie et de la santé qui adoptent sincèrement les critères ESG doivent intégrer la perspective de la « santé unique » dans leurs analyses de matérialité — en évaluant les risques liés aux zoonoses, l’impact sur les écosystèmes régulateurs des maladies, la résistance aux antimicrobiens et la sécurité alimentaire comme des variables commerciales centrales.
Cadres de référence et tendances réglementaires
•TCFD (Task Force on Climate-related Financial Disclosures) :divulgation des risques climatiques physiques et de transition à l’intention des investisseurs.
•TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures) :extension du TCFD aux risques liés à la nature et à la biodiversité.
•CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) :obligation de reporting ESG en Europe, s'appliquant aux entreprises opérant dans l'Union européenne.
•ISSB (International Sustainability Standards Board) :normes mondiales de publication d’informations sur le développement durable en convergence avec les normes IFRS.
•Brésil :Résolution CMN n° 4 945 pour le secteur financier et demande croissante du marché pour des rapports intégrés conformes aux lignes directrices de la GRI et aux ODD de l’ONU.

Comment agir dès maintenant pour freiner le réchauffement climatique
La fenêtre d’action est ouverte — mais elle se referme rapidement. Chaque dixième de degré de réchauffement en moins signifie moins de décès, moins de pandémies et moins d’effondrements d’écosystèmes.
Le GIEC est sans équivoque : pour limiter le réchauffement à 1,5 °C, les émissions mondiales doivent être réduites de 43 % d’ici 2030 par rapport à 2019. Nous sommes en retard. Mais les solutions existent — ce qui manque, c’est la volonté politique, des capitaux bien alloués et une action collective à tous les niveaux de la société.

Actions prioritaires dans le contexte de la « Santé unique » et de la bioéconomie
1. Mettre fin à la déforestation et restaurer les écosystèmes
La protection des forêts et le reboisement sont les actions ayant le plus grand impact simultané : elles séquestrent le carbone, préservent la biodiversité, régulent le cycle de l’eau, réduisent le risque de zoonoses et maintiennent des services écosystémiques essentiels à la santé humaine. La restauration d’un milliard d’hectares de terres dégradées pourrait permettre de séquestrer jusqu’à 205 gigatonnes de carbone, selon des estimations prudentes.
2. Accélérer la transition énergétique
Le remplacement des combustibles fossiles par des énergies renouvelables (solaire, éolienne, hydrogène vert) est la voie la plus directe pour réduire les émissions de CO₂ et de méthane. Au Brésil, le développement de l’éolien et du solaire offshore ainsi que la production de carburant aérien durable (SAF) à partir de la biomasse constituent des opportunités concrètes pour une bioéconomie circulaire, génératrices d’emplois et de revenus.
3. Transformer l’agriculture et l’élevage
L’agriculture et l’élevage représentent environ 25 % des émissions mondiales. La transition vers des systèmes agroécologiques, l’utilisation d’intrants biologiques, l’intégration agriculture-élevage-forêt (iLPF) et la réduction du gaspillage alimentaire constituent des stratégies à triple impact : elles réduisent les émissions, protègent la santé et renforcent la bioéconomie.
4. Mettre en place des systèmes intégrés de surveillance « One Health »
Investir dans des systèmes nationaux et mondiaux d’alerte précoce intégrant des données sur la santé humaine, animale et environnementale constitue l’une des mesures les plus rentables qui soient. Le coût de la prévention d’une pandémie est estimé entre 500 et 1 000 fois inférieur à celui de la gestion de celle-ci.
5. Mobiliser des financements durables
L’alignement des flux financiers sur la durabilité — par le biais des obligations vertes, des taxonomies climatiques, de la tarification du carbone et du désinvestissement des énergies fossiles — est une condition nécessaire pour déployer ces solutions à grande échelle. Le Brésil dispose d’une opportunité unique de prendre la tête d’un marché volontaire du carbone robuste et doté d’une grande intégrité.

Synthèse : un appel à l’action intégrée
Lutter contre le changement climatique, protéger la santé de la planète et bâtir une économie régénératrice ne sont pas des programmes distincts — ce sont les facettes d’un même impératif historique.
L’approche « Une seule santé » offre le cadre conceptuel permettant de comprendre que la prochaine pandémie, la propagation de la dengue, la crise de la résistance aux antimicrobiens et les événements climatiques extrêmes sont les symptômes d’un même diagnostic : la rupture du lien entre l’humanité, les animaux et les écosystèmes.
La bioéconomie circulaire trace la voie économique à suivre : il est possible de prospérer tout en préservant l’intégrité des écosystèmes — et cette intégrité constitue en soi un investissement dans la santé publique. Et l’agenda ESG fournit les outils de mesure, de gouvernance et de financement nécessaires pour que cette transition s’opère à l’échelle des entreprises et du marché.
Un pays doté de la biodiversité, de l’étendue territoriale et du potentiel biotechnologique du Brésil a une responsabilité et une opportunité uniques. Les politiques de santé, environnementales et économiques doivent converger — et l’approche « One Health », ancrée dans une bioéconomie circulaire et guidée par des indicateurs ESG solides, constitue la feuille de route la plus complète disponible pour ce parcours.
